Par Dominique Fournier
J’aime les conférences de Stéphane Simard. Conférencier, écrivain et homme d’affaires, il roule sa bosse depuis plusieurs années. La première fois que je l’ai rencontré c’est dans le cadre d’un congrès de l’UPA avant la pandémie (maintenant notre référence en terme de temps). Je me présente à la salle ou a lieu l’activité Comment perdre un employé en 10 semaines. Déjà le titre est très accrocheur! Moi, qui suis dans le domaine depuis de nombreuses années, je crois que j’ai tout vu, tout entendu. Mais non, il me surprend encore!
Mais ce qui me surprend encore plus, c’est qu’au moment même où j’écris ces lignes, des entreprises perpétue ces façons de faire qui sabote le recrutement ou l’intégration et/ou la formation d’une recrue.
Voici quelques situations dont on m’a fait mention ou dont j’ai été témoin :
Arrivée difficile
Il n’y a pas de place de stationnement Visiteur et il n’y a plus de place de stationnement tout court! La personne doit se garer à plusieurs mètres de l’entrée principale. La porte principale est barrée, sans instructions sur comment accéder au bâtiment. Quelqu’un finit par voir la personne et la fait entrer. À son arrivée, l'accueil est confus. Personne ne connaît son nom, le gestionnaire n'a pas avisé qu’il attendait un.e candidat.e et personne ne semble savoir où l'envoyer. Une première impression difficile à oublier.
Le gestionnaire arrive en retard à l'entrevue
Le candidat est présent à l'heure prévue, mais doit attendre 15, 20 ou même 30 minutes sans explication. Plein de gens passent devant le candidat,e, il n’y a pas de documents corporatifs ou de revue d’affaires expliquant la mission ou valeurs de l’entreprise. Le message envoyé est simple : son temps semble moins important que celui de l'entreprise.
L'entrevue ressemble à un interrogatoire
Aucun échange, aucune présentation de l'entreprise, seulement une série de questions posées à la chaîne. Ou est que vous voyez-vous dans 5 ans? De grâce ne posez plus cette question! Le monde du travail actuel, l’économie incertaine ainsi que le climat politique font en sorte qu’il est très difficile de se projeter dans l’avenir, autant pour l’entreprise que pour le candidat.e.
Il n’y a pas eu de discussion entre vous et le candidat.e, ce fut à sens unique. La personne repart avec l'impression d'avoir été évalué sans avoir pu évaluer l'employeur.
L'absence totale de suivi
Après avoir investi du temps en entrevues et en tests, le candidat ne reçoit jamais de nouvelles. Même un refus professionnel vaut mieux que le silence. Surtout avec les outils informatiques de refus automatisés sur les plateformes ou des messages modèles que l’on peut enregistrer sur Word. Aucune excuse.
Une première journée improvisée
À son arrivée, le nouvel.e employé.e a un poste de travail (youppi!) avec une chaise défraichie ( ) et un clavier d’ordinateur tout sale. On doit enlever les documents qu’une personne a laissé traîner car le bureau étant libre c’était utile pour du travail temporaire. Son adresse courriel n’est pas configurée et la suite Office n’a pas été encore installée. Aucun message interne n’a été envoyé pour annoncer son arrivée. Ce sont des détails qui ne demandent pas beaucoup de temps mais qui font la différence entre se sentir désiré/attendu ou se sentir insignifiant!
Personne n'est prêt pour son intégration
Son gestionnaire est absent car il a une réunion importante qui s’est ajoutée à son horaire, ses collègues n'ont pas été informés de son arrivée et aucune formation n'est prévue. On lui demande de fouiller sur le serveur (lequel?) pour se mettre à jour. Arrive l’heure du dîner et rien n’a été prévu pour ce premier repas avec l’équipe. Je vais où? Est-ce que je peux réchauffer mon lunch? Je n’ai pas de lunch, ou puis-je aller? Est-ce que je prends la place de quelqu’un si je m’assois ici? Ce sont des questions qui peuvent tourbillonner dans la tête de notre nouvel.le employé.e. Il peut rapidement se demander s'il a fait le bon choix.
Conclusion :
À la lecture de ces exemples, certains souriront peut-être en se disant : « Voyons donc, ça ne peut pas arriver chez nous! » Pourtant, je vous assure que la plupart de ces situations sont bien réelles. Certaines me proviennent directement de candidats, d'autres de nouveaux employé.es et quelques-unes de mes propres observations sur le terrain.
Le plus étonnant, ce n'est pas que ces erreurs se produisent. Nous sommes tous humains, les imprévus existent et aucune organisation n'est parfaite. Le véritable enjeu est lorsque ces situations deviennent des habitudes ou pire, lorsqu'on ne réalise même plus l'impact qu'elles ont sur l'expérience candidat.e et employé.e.
Dans un contexte où les entreprises investissent temps, énergie et argent pour attirer de nouveaux talents, il est paradoxal de voir à quel point certains détails pourtant simples peuvent venir anéantir tous ces efforts. Un.e candidat.e ne jugera pas seulement votre offre salariale ou vos avantages sociaux. Il évaluera la façon dont il est accueilli, considéré et traité à chacune des étapes de son parcours.
La bonne nouvelle? La plupart des irritants mentionnés dans cet article se corrigent sans budget important. Ils demandent surtout de la préparation, de la communication et une volonté sincère de mettre l'humain au centre de l'expérience.
Alors, je vous lance un défi! Prenez quelques minutes cette semaine pour examiner votre processus de recrutement et d'intégration comme si vous étiez vous-même le candidat.e. Où se trouvent les irritants? Quelles sont les petites attentions qui pourraient faire toute la différence? Quels messages envoyez-vous, consciemment ou non, à une personne qui envisage de joindre votre équipe?
Après tout, l'attractivité d'une entreprise ne repose pas uniquement sur ce qu'elle promet. Elle repose surtout sur ce qu'elle fait vivre aux gens dès les premières minutes de la relation.
Et si vous souhaitez poursuivre la réflexion, je vous recommande les ouvrages de Stéphane Simard, notamment L'employé roi ou encore L'ADN d'un employeur de choix. Vous y trouverez une foule d'idées concrètes pour transformer l'expérience employé.e en véritable avantage concurrentiel. Plus important encore, vous découvrirez que devenir un employeur de choix ne relève pas de la magie, mais bien d'une série de gestes cohérents répétés chaque jour.
Buon camino!

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